Disco Funk

Les Principaux Artistes Algériens du Funk des Années 70-80

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L’Algérie a été le théâtre d’une mutation musicale d’ Artistes Algériens remarquable dans les années 1970 et 1980, durant laquelle des artistes pionniers ont fusionné la modernité occidentale avec les traditions locales pour créer un son unique. 

Cette période de transformations musicales a donné naissance à des figures emblématiques du funk algérien, notamment Ahmed Malek, le compositeur visionnaire surnommé l’« Ennio Morricone algérien », Zohra (Dihya), pionnière du disco chaoui, Majid Soula, figure majeure du funk amazigh, et d’autres artistes moins connus mais tout aussi influents qui ont marqué le paysage culturel algérien de cette époque transformatrice.

Ahmed Malek : Le Génie Compositeur et Fondateur de la Modernité Algérienne

Ahmed Malek incarne la figure centrale de la musique funk et expérimentale algérienne des années 1970-1980. 

Né le 6 mars 1931 à Fort-de-l’eau et décédé le 24 juillet 2008 à Alger, cet Algérois d’origine a connu une trajectoire remarquable depuis ses débuts modestes jusqu’à devenir le compositeur incontournable de son époque. 

Issu d’une famille nombreuse ayant perdu sa mère alors qu’il n’avait que douze ans, Ahmed Malek a dû très tôt travailler en usine tout en poursuivant assidûment sa formation musicale au conservatoire d’Alger, où il a gravi progressivement tous les échelons, du pupitre à la direction d’orchestre, maîtrisant presque tous les registres musicaux.

Après l’indépendance algérienne en 1962, Ahmed Malek devient chef d’orchestre de l’Algerian Television Orchestra (RTA), une fonction qu’il occupera durant des décennies et qui en ferait un élément central de la vie culturelle algérienne. 

Dans les années 1970 et 1980, une Algérie libérée du joug français cherchait à construire son identité culturelle, et Ahmed Malek s’affirme comme le compositeur incontournable du cinéma algérien : aucune production cinématographique de grande envergure ne se faisait sans sa musique. 

Ses compositions embrassent une palette stylistique impressionnante, mêlant jazz psychédélique, funk énergique, reggae, pop, bossa-nova et musiques africaines, tout en conservant des résonnances de la tradition arabe. La flûte traversière, son instrument de prédilection, devient la signature sonore de ses arrangements.

Ahmed Malek a composé plus de 200 bandes originales pour le cinéma, la télévision et les documentaires, façonnant la mémoire musicale collective d’une génération entière d’Algériens. 

Ses expériences dépassaient largement le cadre des musiques de film : en dehors de ses obligations professionnelles, il se livrait à des expérimentations électro-acoustiques pionnières, effectuant des sampling de sons naturels du monde, manipulant les bruits enregistrés, et créant des arrangements d’avant-garde électroniques dans son home studio. 

Ces expérimentations, jamais sorties en album durant sa vie, restaient confinées à des cassettes domestiques et représentaient une vision musicale visionnaire qui ne sera redécouverte que bien après sa mort.

Représentant international de la culture algérienne, Ahmed Malek a participé à plusieurs expositions universelles (Osaka au Japon, Montréal au Canada, Séville en Espagne) et au Printemps de Bourges en France, établissant ainsi une passerelle entre la modernité algérienne et le public occidental. 

Son rayonnement international et sa position privilégiée de voyageur lui permettaient de dénicher des disques rares lors de ses déplacements, qu’il ramenait en Algérie pour enrichir ses propres créations musicales.

L’ironie de l’histoire veut qu’Ahmed Malek, cet artiste fondamental de la musique algérienne du XXe siècle, soit tombé dans l’oubli relatif auprès des générations plus jeunes, tandis que sa musique façonnait inconsciemment la mémoire collective des Algériens. 

Ce n’est qu’en 2012 que le DJ berlinois Jannis Stürtz, fondateur du label Habibi Funk, ne découvre par hasard l’existence d’Ahmed Malek et ne lance l’une des plus importantes entreprises de redécouverte artistique de ce début de XXIe siècle. 

Grâce à la collaboration avec sa famille, particulièrement sa fille Henia qui conservait les bandes maîtresses originales, Habibi Funk publiera une première compilation en 2016 intitulée Musique originale de films, suivie d’un second volume en 2024.

Le documentaire Planet Malek réalisé par Paloma Colombe en 2019 ajoute une dimension visuelle à cette renaissance artistique.

Majid Soula : Le Funk Kabyle et la Lutte pour l’Identité Amazighe

Majid Soula représente une autre figure majeure du funk algérien, incarnant une approche enracinée dans l’identité culturelle amazighe tout en embrassant les sonorités funk, disco et highlife modernes. 

Originaire de la région de Kabylie, Majid Soula a appris la musique de manière autodidacte et a débuté sa carrière au début des années 1970 à Alger, où il s’est rapidement fait remarquer grâce à ses synthétiseurs, ses rythmes de batterie, sa guitare et ses paroles puissantes. 

Durant les années 1970 et 1980, cet artiste kabyle établi à Paris depuis les années 1990 s’est constitué un catalogue impressionnant d’environ une vingtaine d’albums, tous produits et édités de manière indépendante.

Le style musical de Majid Soula se caractérise par une fusion unique du meilleur de l’arab-disco, du highlife et d’un funk résolument groovy, aboutissant à quelque chose de totalement unique dans le paysage musical nord-africain. 

Son morceau emblématique « Netseweth Sifassan Nagh » incarne cette alchimie musicale : on y retrouve des synthés affolés, des guitares énergiques donnant l’impression d’un western sympa où les Amazighs des montagnes kabyles remplaceraient les figures traditionnelles, tout cela porté par une conviction profonde que les spécificités culturelles doivent être préservées malgré la mondialisation.

Majid Soula dépasse largement le rôle de musicien : il s’est engagé depuis des années dans la défense des droits et des spécificités de la culture amazighe, utilisant sa musique comme vecteur d’un message politique doux mais ferme. 

Son œuvre musicale reflète les aspirations de son peuple, notamment la reconnaissance du Tamazight comme langue officielle et l’établissement d’une véritable identité culturelle amazighe. 

Cette prise de position engagée lui valut à une époque d’être poursuivi en justice pour ses positions politiques, ce qui le poussa à s’installer en France vers 1978-1979 afin de continuer son œuvre artistique en liberté.

Avec la publication de ses travaux par le label Habibi Funk en 2021, Majid Soula a connu une renaissance médiatique, permettant à une nouvelle génération de découvrir comment un artiste algérien avait su adapter et transformer les influences musicales occidentales en un langage artistique authentiquement amazigh. 

Son parcours illustre comment le funk algérien des années 1970-1980 n’était pas seulement une musique de divertissement, mais un moyen d’affirmer une identité culturelle face aux pressions homogénéisantes.

Zohra (Dihya) : Pionnière du Disco Chaoui et Activiste Amazighe

Zohra, connue aussi sous son nom d’activiste Dihya, représente une figure féminine pionnière du funk-disco algérien des années 1970. 

Née en 1950 dans le village de Taghit en Algérie, elle a migré en France à l’âge de 8 ans avec sa famille. 

Elle a appris la guitare et le chant autodidactement, et son talent musical lui a permis de remporter une compétition de talents qui déboucha sur l’enregistrement de « Badala Zamana », devenu un classique du disco chaoui algérien. 

Le single, enregistré en 1977 et produit en France par le label Polydor, exemplifie l’énergie, le rythme heureux et la sensibilité melodique du disco-funk algérien émergent.

Cependant, l’expérience de Zohra dans l’industrie musicale française se révéla problématique.

Après le succès initial de son single, elle connut de mauvaises expériences avec l’industrie musicale française qui la découragèrent. 

Cette déception musicale l’amena à quitter la France et retourner en Algérie vers la fin des années 1970, moment auquel elle changea d’artiste-nom pour Dihya, affirmant pleinement son identité amazighe.

Dihya canalisa alors son énergie créative vers l’activisme culturel et politique. 

Avec son premier album complet intitulé « Ekker d! Ekker d! », elle affirmait fièrement son héritage chaoui, se battait pour les droits des femmes, et témoignait de la fierté amazighe. 

Son engagement pour la cause amazighe lui valut des persécutions en Algérie : sa musique fut interdite de diffusion et elle-même fut bannie du pays. 

Malgré ces obstacles, Dihya et son mari Messaoud Nedjahi (producteur et poète) persévérèrent dans leurs convictions, utilisant la musique comme l’un des canaux privilégiés pour diffuser leurs idées progressistes.

Ce n’est qu’en 2014 que Dihya reçut l’autorisation de revisiter sa terre natale, accueillie par de grandes foules heureuses de revoir leur artiste revenu. 

La redécouverte de sa musique par le label Habibi Funk au début des années 2020 permit à une nouvelle génération d’apprécier comment une femme algérienne avait osé combiner le disco occidental avec les traditions musicales chaouies, défiant ainsi les normes restrictives de son époque.

Autres Figures Importantes du Funk Algérien

Mallek Mohamed : Le Funk Arabe Oranais

Mallek Mohamed, originaire d’Oran, représente une expression distincte du funk algérien fusionnant les traditions régionales avec les influences de zouk caribéen et de soul occidentales. 

Sa musique « Rouhi Ya Hafida » illustre comment les musiciens algériens appropriaient les genres musicaux caribéens pour créer quelque chose d’authentiquement algérien. 

Ce style hybride, parfois appelé « coladera algérienne », démontre la porosité des frontières musicales dans le contexte post-colonial des années 1970-1980.

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Freh Khodja : Le Chanteur Disco Algérien

Freh Khodja (de son vrai nom Abdelkader Khodja), né le 1er janvier 1949 à Sidi-Bel-Abbès, incarne les musiciens algériens qui ont embrassé frontalement le funk et la disco dans les années 1970-1980. 

Ses albums des années 1976-1980, notamment « Afethi El Beb Ya Aouicha » (1980), contenaient des titres funk-disco comme « Habitek ya mousica » et « Arbya », adoptant un style énergique mêlant paroles en arabe et grooves disco occidentaux. 

Bien que moins documenté que d’autres contemporains, Freh Khodja illustre comment les musiciens algériens des villes ont immédiatement absorbé les influences disco internationales.

Le Contexte Historique : Une Algérie en Mutation Musicale

Comprendre le funk algérien des années 1970-1980 nécessite de saisir le contexte historique et culturel dans lequel ces artistes ont opéré. 

L’Algérie post-indépendance (1962) était en pleine construction identitaire, cherchant à réconcilier son héritage arabo-musulman traditionnel avec les aspirations modernistes d’une jeunesse scolarisée dans les institutions du nouvel État algérien. 

La fin des années 1970 marqua l’arrivée progressive des synthétiseurs et des boîtes à rythmes dans le paysage musical algérien, outils technologiques qui transformèrent radicalement les possibilités sonores disponibles aux musiciens.

Le raï, genre musical de l’Ouest algérien historiquement marginalisé et confiné aux bars et cabarets populaires, connaît une mutation décisive à partir des années 1970-1980. 

Deux figures instrumental de cette transformation furent les frères Rachid et Fethi Baba Ahmed (également connus sous les noms de Rachid Baba-Ahmed et Fethi Baba-Ahmed), producteurs et musiciens eux-mêmes qui ouvrirent le studio Rallye à Tlemcen, équipé d’une technologie 24 pistes unique en Algérie à l’époque. 

Ce studio devint un véritable laboratoire musical où s’élabora la mutation du raï rural vers un son urbain et international. 

L’innovation sonore des frères Baba Ahmed inclut l’introduction pionnière du synthétiseur, des guitares électriques, des basses amplifiées et des boîtes à rythmes dans la musique raï, enrichissant les sonorités avec des influences funk, rock et disco américaines sans renier les racines populaires du genre.

Hors du contexte du raï proprement dit, d’autres musiciens comme Ahmed Malek opéraient dans le domaine de la musique de film et de la composition d’orchestre. 

Ahmed Malek, grâce à ses ressources et sa position privilégiée, pouvait expérimenter avec des technologies d’enregistrement multi-pistes, créant des arrangements électro-acoustiques sophistiqués mêlant tradition arabe, influences jazz, éléments funk et reggae, toujours soucieux de presserver une connexion avec l’héritage musical algérien. 

Ces expériences restaient le plus souvent confidentielles, documentées sur cassettes privées ou fragments de bandes maîtresses.

L’Influence des Technologies et des Canaux de Distribution

La popularisation du funk algérien dans les années 1970-1980 fut inséparable de l’évolution des technologies de production musicale et de diffusion. 

Les synthétiseurs et boîtes à rythmes permettaient à des musiciens ayant une formation classique ou traditionnelle d’accéder à de nouveaux univers sonores. 

Parallèlement, l’essor de la cassette audio comme format de distribution permit une démocratisation rapide : contrairement aux disques vinyles coûteux et difficiles à produire, les cassettes pouvaient être dupliquées rapidement et distribuées par des vendeurs de rue, permettant à la musique raï et funk de se répandre « comme une traînée de poudre » parmi la jeunesse algérienne.

Les radios indépendantes ou commerciales jouèrent aussi un rôle crucial, offrant une alternative aux médias d’État longtemps contrôlés politiquement. 

En Algérie notamment, l’émission « Contact » de la radio Alger Chaîne 3 fut l’une des premières à diffuser le raï sur les ondes nationales, légitimisant ainsi un genre longtemps considéré comme sulfureux. 

Cette médiatisation broadened l’accès à la musique funk-disco-raï et contribua à la transformer en un phénomène de masse.

L’Oubli et la Redécouverte

Un phénomène paradoxal caractérise l’histoire du funk algérien : les artistes et compositeurs les plus innovants, notamment Ahmed Malek, sont tombés dans un quasi-anonymat auprès des générations successives, leur œuvre devenant une forme de mémoire collective inconsciente plutôt qu’un canon artistique explicitement reconnu. 

Cet oubli s’explique par plusieurs facteurs : la priorité donnée au raï comme genre « authentique » ou au moins reconnaissable aux yeux des Occidentaux ; la marginalisation de certains artistes (comme les activistes amazighs) ; le manque de documentation systématique et de réédition des enregistrements originaux.

L’arrivée du label Habibi Funk en 2015, fondé par le DJ berlinois Jannis Stürtz, constitue un point de rupture décisif dans cette histoire d’oubli. 

Par un processus de « diggin » patient et méticuleux, Stürtz et son équipe ont entrepris de redécouvrir, documenter et rééditer des enregistrements oubliés du monde arabe des années 1970-1980, avec un accent particulier sur les musiques combinant des influences locales avec du funk, soul, disco et d’autres genres occidentaux. 

Ces efforts de redécouverte ne sont pas qu’une simple opération commerciale de réédition vinyle : ils s’accompagnent de recherches documentaires approfondies, d’entretiens avec les artistes survivants ou leurs familles, de la réalisation de documentaires, et d’une véritable philosophie de compensation équitable des artistes.

Un Patrimoine Musical Reclamé

Le funk algérien des années 1970-1980 ne peut être réduit à une simple importation de modèles musicaux américains ou européens. 

Il représente plutôt une transformation créative où des musiciens algériens de talents divers compositeurs de films, chanteurs populaires, activistes culturels ont pris les outils et les langages musicaux disponibles (funk, disco, soul) pour créer un son authentiquement algérien, capable d’exprimer l’expérience de vivre dans une nation post-coloniale en quête de modernité tout en naviguant les tensions entre tradition et globalisation.

Ahmed Malek, Majid Soula, Zohra/Dihya, Mallek Mohamed, Freh Khodja et d’autres figures moins documentées ont contribué à constituer un patrimoine musical sophistiqué et émotionnellement riche, resté pour beaucoup ignoré ou oublié pendant des décennies. 

La redécouverte progressive de cet héritage par les labels de réédition, les chercheurs musicaux et les nouvelles générations constitue non seulement une correction historique, mais aussi une reconnexion essentielle avec des aspects fondamentaux de l’identité culturelle algérienne du XXe siècle. 

Pour les diggers, cette période et ces artistes représentent une richesse inépuisable de matériel d’exploration, de documentation et de partage un véritable trésor du groove africain et méditerranéen attenant aux racines du funk mondial.

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