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Alexander O’Neal reste l’une des voix les plus emblématiques du son de Minneapolis, mais aussi l’un des ponts les plus intéressants entre la soul « à l’ancienne » et la production électronique des années 80.
Sa discographie raconte autant l’histoire d’un chanteur que celle d’une révolution sonore, née entre les clubs de Minneapolis, les bureaux de Tabu Records et les studios de Jam & Lewis.
Des clubs du Mississippi aux labos sonores de Minneapolis
Racines soul, accent du Sud, mentalité de route
Né le 15 novembre 1953 à Natchez, Mississippi, Alexander O’Neal grandit dans un environnement où le gospel et le blues ne sont pas des options esthétiques mais un mode de survie.
Sa voix se forme dans les églises, puis se durcit dans les bars et clubs du Sud, ce qui donne ce grain rugueux et chargé d’émotion qui fera dire plus tard à des critiques qu’il a « le même grain et la même tessiture qu’Otis Redding ».
Là où beaucoup de chanteurs R&B des années 80 viennent de circuits plus formatés, O’Neal arrive avec un bagage de chanteur « live » habitué aux groupes, aux solos improvisés et aux publics difficiles.
À 20 ans, il quitte le Mississippi pour Minneapolis, une ville encore loin d’être un hub mondial de la musique, mais qui bouillonne déjà de créativité dans les scènes funk, soul et jazz locales.
Avant même de croiser Prince, il passe par plusieurs groupes : The Mystics, Wynd Chymes, Enterprise, puis Flyte Tyme, où il rencontre Jimmy Jam et Terry Lewis.
Ce noyau-là, Flyte Tyme, deviendra à la fois le groupe The Time et, plus tard, le cœur productif du Minneapolis Sound moderne.
C’est à ce moment que la trajectoire d’O’Neal se connecte à l’histoire de Prince… avant de bifurquer brutalement.
L’épisode The Time : un « non » qui change tout
Autour de 1980–1981, Prince assemble ce qui deviendra The Time, avec Morris Day, Jimmy Jam, Terry Lewis et plusieurs membres de Flyte Tyme. À l’origine, le rôle de frontman est promis à Alexander O’Neal, repéré pour sa présence scénique et sa voix massive.
L’histoire est connue : des désaccords sur les questions d’argent et de contrôle avec Prince mènent à son départ avant même la sortie du premier album, et Morris Day prend la place.
Des années plus tard, O’Neal expliquera qu’il n’a « aucune rancune » envers Prince, en reconnaissant que c’est lui qui a mis Minneapolis sur la carte et qui a, indirectement, déclenché la carrière de tout le monde.
Ce « rejet » va paradoxalement le libérer. Quand Jam & Lewis sont à leur tour virés de The Time en 1983 (après avoir manqué un concert parce qu’ils produisaient le S.O.S. Band), ils commencent à produire à plein temps et n’oublient pas O’Neal.
Ils vont faire de lui leur grand chanteur soul de référence, celui avec qui ils peuvent tester une soul moderne aussi puissante qu’un Al Green ou un Otis Redding, mais habillée de synthétiseurs et de boîtes à rythmes.
Citation studio – Jam & Lewis ont souvent dit qu’Alexander comptait pour eux comme un « vrai soulman » à l’ancienne, mais sur un terrain sonore futuriste : travailler avec lui, c’était comme produire un grand chanteur Stax/Motown dans un laboratoire électronique des années 80.
Tabu Records, Clarence Avant et la naissance d’un catalogue culte
Tabu, le label funk/soul qui ose Jam & Lewis
Après la faillite de Sussex, Clarence Avant fonde Tabu Records en 1975, à Los Angeles, avec une ligne claire : soul, funk, post-disco, R&B contemporain.
Distribué d’abord par RCA, puis par CBS/Epic, Tabu devient un refuge pour des artistes funk et soul exigeants comme Brainstorm, le S.O.S. Band, Cherrelle ou Manfredo Fest. Le virage décisif arrive quand Jam & Lewis produisent On The Rise du S.O.S. Band (1983), avec les classiques « Just Be Good to Me » et « Tell Me If You Still Care », qui redonnent un souffle au label.
Sur cette lancée, ils amènent deux nouveaux talents chez Tabu : Cherrelle et Alexander O’Neal, leur ancien camarade de Flyte Tyme.
Tabu offre exactement ce dont ils ont besoin : une structure assez puissante pour distribuer mondialement via CBS/Epic, mais assez souple pour laisser Jam & Lewis imposer leur esthétique sans compromis.
Résultat : entre 1985 et 1993, l’essentiel de la discographie majeure d’O’Neal sort sur Tabu, dans une continuité sonore très forte.
Jazz, Stax, Motown vs Minneapolis : ce qui change vraiment
Pour comprendre ce que fait O’Neal, il faut le comparer à ce qui domine encore le paysage soul/jazz au début des années 80 :
Le Minneapolis Sound de Prince, Jam & Lewis, lui, fait exploser ces codes :
Alexander O’Neal est précisément la jonction entre les deux mondes : une voix de soul sudiste à la Otis Redding, posée sur un lit de synthés, de claps électroniques et de basses programmées.
Là où un chanteur jazz-soul aurait probablement gardé une orchestration organique, O’Neal accepte d’être plongé dans un décor high-tech sans perdre le moindre gramme de feeling.
Table of Contents
ToggleLe premier album éponyme Alexander O’Neal, enregistré entre 1984 et début 1985 à Creation Audio (Minneapolis) et Larrabee Sound (Los Angeles), est leur terrain d’expérimentation.
Jam & Lewis amènent leur concept de « funky bottom, pretty top » : une base de basse/batterie ultra-funk (le bas), surmontée de mélodies et de synthés très pop et sophistiqués (le haut).
Les sessions sont très construites :
Dans une interview, il raconte qu’il trouvait parfois l’environnement studio « trop cadré, trop parfait », et que pour lui, l’âme venait aussi des erreurs et des accidents.
Jam & Lewis, eux, insistaient pour capturer des prises propres, puis se permettaient des « twists » ensuite : des placements de caisse claire étranges, des couches de voix traitées, des effets de delay inattendus qu’ils jugeaient stupides sur le moment… avant de les réécouter le lendemain et de trouver que c’était exactement ce qui donnait une personnalité aux morceaux.
L’album sort en mars 1985 et installe immédiatement O’Neal comme nouvelle référence de la soul moderne :
Dans la foulée, la collaboration avec Cherrelle sur « Saturday Love » devient l’un des duos R&B les plus emblématiques de la décennie : n°2 R&B US, n°26 Hot 100, n°6 UK.
Le titre est enregistré chez Flyte Tyme à Minneapolis, avec cette intro parlée en mode scène de bar et un équilibre parfait entre romance soul et efficacité dance.
Là encore, en studio, Jam & Lewis jouent avec les voix : dialogues parlés, réponses vocales quasi-théâtrales, stacking de chœurs pour créer un effet demi-chorale, demi-intimité.
À écouter en contexte : sur Mixcloud, de nombreux DJs funk & 80s intègrent un triptyque « If You Were Here Tonight » → « Saturday Love » → « A Broken Heart Can Mend » dans des mixes Minneapolis Sound / slow jams.
C’est la colonne vertébrale idéale pour ressentir la transition soul → R&B électronique en une séquence.
Avec Hearsay (1987), Jam & Lewis et O’Neal vont plus loin : l’album devient un mini-film sonore racontant une soirée, entre potins, clashs et romance.
Chaque bloc de chansons est précédé de petits interludes de conversations—argument dans un club, ragots, reproches—qui posent le décor du titre suivant.
L’idée est très proche de certaines narrations jazz (albums-concepts) mais transposée dans une écriture R&B pop très directe.
Les sessions sont extrêmement précises :
Dans la logique jazz, on serait sur un enregistrement live en studio, avec des musiciens qui jouent la soirée en temps réel. Ici, Jam & Lewis le construisent comme un film monté, à partir de segments enregistrés séparément, mais l’intention dramatique vient clairement des traditions soul/gospel et même du storytelling des crooners jazz.
« Fake », premier single de l’album, est typique de cette approche hybride. La légende veut que Jam & Lewis écrivent la chanson en s’inspirant de femmes « trop parfaites pour être vraies » observées dans les clubs : looks flamboyants, attitude impeccable, mais zéro authenticité.
En studio, ils poussent tout au maximum :
Le résultat, décrit par certains chroniqueurs comme « un uppercut de Tyson sur la 1 », devient l’une des signatures les plus agressives du Minneapolis Sound.
Jam & Lewis diront plus tard que travailler avec O’Neal sur ce type de titre, c’était comme diriger un grand chanteur soul des années 60 dans un contexte hyper moderne—une expérience centrale dans leur catalogue.
Avec « Criticize », c’est encore une autre vibe : co-écrit avec Jellybean Johnson, le morceau joue sur le contraste entre une intro skit hilarante (deux filles qui démontent Alex) et un groove ultra-funky soutenu par la basse, les synthés et les chœurs de Lisa Keith.
Là encore, la méthode Jam & Lewis :
L’album cartonne : n°4 UK, 3× platine au Royaume-Uni, or aux USA, sept singles classés, dont cinq dans le top 40 britannique.
Pour beaucoup de critiques, Hearsay est à la fois le sommet d’O’Neal et l’un des sommets absolus du son Jam & Lewis.
À voir absolument : l’épisode Unsung – Alexander O’Neal & Cherrelle (TV One, 2011) revient sur cette période, les sessions avec Jam & Lewis et les tensions personnelles (addictions, gestion du succès).
Avec My Gift to You (1988), O’Neal se frotte au casse-tête ultime : l’album de Noël.
Là où les grands crooners jazz (Sinatra, Ella) l’ont fait avec orchestres et big bands, O’Neal, lui, garde la patte Jam & Lewis : synthés épais, boîtes à rythmes, arrangements de cordes programmées.
On y trouve des classiques comme « The Christmas Song » ou « The Little Drummer Boy », retravaillés avec un soin qui frôle l’exercice de style : comment injecter du gospel-soul dans un moule R&B contemporain, sans tomber dans le kitsch.
Commercialement, le disque reste modeste (n°149 Billboard 200, n°54 R&B, n°53 UK albums), mais il devient un favori de niche chez les amateurs de soul 80s et de Christmas grooves.
Les chœurs (avec Sounds of Blackness, Lisa Keith, etc.) connectent l’album à la tradition gospel/jazz, même si les textures sont électroniques.
All True Man (1991) : soul adulte, tension jazz, respect UK
En 1991, All True Man marque la fin de l’âge d’or Jam & Lewis / Tabu pour O’Neal. L’album reste profondément Minneapolis dans ses textures, mais le propos est plus adulte, plus intériorisé :
Les progressions harmoniques d’All True Man et de certains titres comme « Sentimental » flirtent davantage avec des couleurs jazz/R&B sophistiquées, proches de ce que ferons plus tard des artistes comme Luther Vandross ou Maxwell : accords plus riches, mélodies moins évidentes, mais toujours enchâssées dans des grooves serrés.
À ce stade, la comparaison avec la soul/jazz classique est éclairante :
Avec Love Makes No Sense (1993), O’Neal quitte la tutelle directe de Jam & Lewis : c’est son premier album sans leur production formelle, et aussi son dernier pour Tabu. Le son se rapproche davantage du R&B early 90s : drums programmés façon new jack tardif, claviers soul plus « lisses », touches de jazz-soul plus classiques, plus proches de ce que l’on entend chez Babyface ou LA & Babyface.
L’album marche correctement (n°18 R&B US, n°89 Billboard 200, n°14 UK), avec des singles comme « Love Makes No Sense », « In the Middle » ou « All That Matters to Me », mais ne retrouve pas la magie Hearsay. Le contexte a changé : New Jack Swing, hip-hop soul et bientôt neo-soul redéfinissent le paysage ; le Minneapolis Sound se retrouve davantage comme influence historique que comme langage dominant.
Avec Lovers Again (1996), sur One World, puis Saga of a Married Man (2002, produit notamment par Bobby Z., ancien batteur de Prince), O’Neal continue à enregistrer mais dans un environnement plus fragmenté. Il garde un public fidèle au Royaume-Uni (où il tourne régulièrement) et en Europe, mais l’ère des gros chart-toppers est derrière lui.
En 2008, Alex Loves… propose des relectures romantiques, dont une nouvelle version de « Saturday Love » avec Bianca Lindgreen ; en 2010, Five Questions: The New Journey prolonge sa discographie studio. À partir de là, le cœur de l’héritage se cristallise clairement autour des disques Tabu 1985–1991.
À surveiller : O’Neal a réenregistré Hearsay en version Hearsay 30 autour de 2017 pour célébrer les 30 ans de l’album, et a publié une autobiographie très personnelle la même année, où il revient en détail sur les tournées, les excès et les sessions avec Jam & Lewis.
Sur le plan vocal, Alexander O’Neal s’inscrit dans la lignée des grands soulmen : comparé à Otis Redding pour le grain, il partage aussi avec Marvin Gaye ou Teddy Pendergrass cette capacité à passer du murmure à l’explosion émotionnelle. Mais la particularité d’O’Neal, c’est d’avoir assumé cette tradition sur des productions ultra-électroniques, ce que peu de chanteurs de sa génération ont fait avec autant de constance.
Son influence se perçoit dans :
En 2011, l’épisode Unsung – Alexander O’Neal & Cherrelle résume parfaitement cette ambivalence : carrière immense mais parfois sabotée par des démons personnels, et pourtant un catalogue qui résiste au temps. En 2021, il apparaît sur le morceau de protestation « Say Say His Name » en hommage à George Floyd, rappelant qu’il reste connecté aux enjeux sociaux contemporains.

Pour entrer dans l’univers d’Alexander O’Neal :
Sur Mixcloud, nombreux mixes « Jam & Lewis », « Minneapolis Sound 80s » ou « Tabu Records Special » mettent en avant les singles d’O’Neal aux côtés du S.O.S. Band, de Cherrelle, Janet Jackson et d’autres, ce qui permet de sentir le contexte sonore dans lequel sa discographie prend tout son sens.
Pour aller plus loin que l’écoute :
Pour les fans absolues, la combinatoire idéale pour un spécial Alexander O’Neal pourrait être :
Au fond, revisiter la discographie d’Alexander O’Neal, c’est revivre ce moment précis où la soul la plus incarnée a accepté d’entrer dans les machines sans perdre son humanité.
Monte le son, laisse tourner Hearsay entier, et tu verras : malgré les années, ce groove-là est toujours aussi dangereux.
Mixé par DJ Tarek From Paris
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